mardi 24 avril 2012

VisitFinland par Martti Jämsä


Ces derniers jours, les murs du métro parisien sont enchantés par une nouvelle campagne publicitaire qui ravit nos yeux. Non je ne veux pas parler de l'affiche de l'exposition "Le Corps découvert" à l'Institut du monde arabe qui montre une paire de fesse tout en subtilité... Je veux parler de l'opération publicitaire de VisitFinland. La société utilise pour cela des images photographiques de Martti Jämsä, un photographe finlandais. Et on se demande justement comment résister à l'appel de la Finlande en voyant ces clichés.


Il y a dans ces photographies une extrême douceur, une sorte d'apaisement qui, dans le langage commercial de VisitFinland, signifie qu'il fait bon vivre en Finlande !

VisitFinland est tout simplement un site qui fait la promotion de ce pays comme une organisation touristique. Il n'en est pas à sa première campagne. Il avait justement utilisé des images d'un autre photographe de même nationalité, au printemps 2011 : Arno Rafael Minkkinen. Cet artiste est dans un registre différent de celui de Martti Jämsä. Lui parle plutôt d'une beauté sculpturale du corps dans son travail. Il met en scène le corps comme véritable sculpture dans un décor bucolique finlandais.

Martti Jämsä fait appel quant à lui à une photographie de l'intime. Au premier regard sur ces images, on ressent une grande part du « je » de l'artiste dans ses photographies. Il est impliqué totalement dans ses clichés. Ne serait-ce que les sujets qui en jaillissent, on voit tout de suite qu'ils photographie comme s'il écrivait son journal intime. Il capte des moments très personnels. Les silhouettes floues qu'il représente sont un instant particulier de profonde détente. Les photographies de Martti Jämsä sont précisément caractérisées par le flou. Cela donne une vision justement approximative des choses qui tend vers l'idée du songe. C'est en cela qu'on ressent une douceur dans ses images.




Le flou lui permet encore de tirer le portrait d'un jeune garçon qui porte un grand chapeau. Les détails sont ainsi effacés, il ne reste que la silhouette et le visage de cet enfant. Le transat lui aussi est flou. Paysage, personnes, objets, toujours le même flou.

Quand on est curieux, on trouve en effet la confirmation que ces photographies proviennent de moments personnels de l'artiste (voir http://beta.visitfinland.com/fr/articles/la-beaute-du-silence/). A ses images, nous projettons les notres. Nous sommes plongés dans cette vision quelque peu nostalgique de nos jeunes souvenirs de vacances.

Artiste à suivre de très près et curiosité quant à la prochaine trouvaille publicitaire de VisitFinland !

lundi 26 mars 2012

Youssef Nabil



Quelle chance j'ai eu de voir la dernière exposition de Youssef Nabil. Elle se terminait justement ce week-end. La Maison Européenne de la Photographie nous offre parfois ce genre de surprise qui nous éblouit. J'ai découvert ici (et je pense cependant avoir déjà vu ces images) des photographies au charme incroyable. C'est peut-être un charme venu d'Orient tant les photographies de l'auteur baignent au coeur de ses racines égyptiennes. Mais je crois surtout que j'ai été séduite par les couleurs et la lumière qui émanent de ces photographies.



Youssef Nabil utilise en effet une technique particulière pour sublimer les portraits qu'il capture : il peint sur ces images, c'est ce qui renforce la beauté de ses personnages. Ce passionné de cinéma aime tirer le portrait des vedettes de films, de certaines icones.



L'exposition nous présente aussi une série de portraits de vieils hommes yéménites. Cette utilisation de la couleur chez ce photographe crée une véritable aura aux personnes représentées. C'est bien cette beauté et cette lumière, qui étaient évoquées quelques lignes plus haut, qui sont révélées ici.




Il utilise ce même procédé pour ses auto-portraits ou ses paysages. On ne peut pas s'empêcher de penser à l'ancienne carte postale illustrée. Ce qui m'a rappelée un autre travail d'une autre artiste : Les Dépliants photographiques de Muriel Bordier. Bien sûr, cette photographe utilise le procédé de la colorisation dans un but différent, mais on retrouve le même aspect un peu kitch dans le résultat final. Les couleurs s'éloignent de la réalité pour atteindre un état de l'ordre du rêve. Le travail de Youssef Nabil nous plonge dans un monde surréel.



L'exposition de la MEP est maintenant finie mais une visite sur son site peut toujours plaire aux plus curieux : http://www.youssefnabil.com/



dimanche 25 mars 2012

Isa Marcelli

Une interview sur France culture de la photographe Isa Marcelli :
http://www.franceculture.fr/emission-un-autre-jour-est-possible-une-histoire-de-la-psychanalyse-exposition-photographique-d-isa-

A l'occasion de son exposition au Centre Iris, elle était le 31 janvier dernier l'invitée de Tewfik Hakem.

dimanche 18 mars 2012

Festival Circulation(s)



Comment ne pas s'emballer pour le festival Circulation(s), qui se déroule en ce moment-même dans le sympathique cadre du Parc de la Bagatelle. L'exposition présente des travaux photographiques de jeunes artistes européens. Elle se divise en deux parties, respectivement au Trianon et à la Galerie Côté Seine. Le jury a sélectionné un large panel de sujets et thèmes pour cette manifestation. On découvre de jeunes talents très imaginatifs. En voyant ces photographies, on est frappé par l'esprit créatif qui émane de cette sélection. Bien sûr, nous retrouvons des thèmes déjà rencontrés dans la photographie (la famille, la consommation, le voyage, l'intime, etc.). On peut penser que cet événement ravira tous les amoureux de la photo tant elle est riche et se décline sous différentes formes : le reportage, la photographie plasticienne, la photo amateur.

L'exposition se termine le week-end prochain alors allez vite vous promenez là-bas. C'est gratuit en plus !


mardi 13 mars 2012

Brice Thévenot à la Galerie Artelie



Une brusque envie de reprendre la plume après la belle surprise que la galerie Artelie, à Paris, nous présente ce mois-ci. C'est une modeste exposition de compositions plastiques, mais pas des moins déplaisantes, qui nous est proposée dans ce lieu. Brice Thévenot pratique un art comprimé comme il l'appelle. En découvrant ses toiles, on reconnaît immédiatement les emballages de nos médicaments. Ce matériau est justement support à sa peinture, mais c'est surtout sa matière première pour travailler. Elle relève d'une importante entreprise de collecte. Sur la toile, ces emballages sont juxtaposés, jusqu'à créer une émotion esthétique. Bruts ou peints, l'emballage s'avère être un formidable matériau, polyvalent d'une certaine manière. Le volume et l'aspect métallisé de celui-ci permet de jouer sur plusieurs visions. Son volume crée de la forme à la toile. Le monochrome devient sculptural. Quant à la surface argentée de l'emballage, elle permet de faire émaner de la lumière de ses toiles.

Mais derrière cette lecture esthétique, cette accumulation de déchets médicamenteux témoignent aussi d'une consommation. Le matériau choisit par Brice Thévenot n'est pas innocent ; il est la marque d'une certaine ère de notre société. Il y a donc à la fois une vision purement esthétique de cette matière plastique, et dans un second temps une vision sociologique de sa démarche.

A découvrir jusqu'au 30 avril.

dimanche 6 novembre 2011

La photo de famille

Cinq mois sont presque passés depuis le dernier article Des Mots qui Regardent. Une petite parenthèse dans le temps m'oblige à m'investir dans d'autres projets. En attendant mes prochaines écritures photographiques, je vous propose d'écouter l'émission de Service public (France Inter) du 10 octobre dernier qui traite le thème de la photo de famille.

http://www.franceinter.fr/emission-service-public-dans-le-cadre-du-salon-de-la-photo-la-photo-de-famille

mercredi 29 juin 2011

Le tout-tourisme photographique

L'autre jour que je me promenais dans les jardins de Versailles, je me suis aperçue que nous étions dans une de ces périodes propices à la photographie. Pas n'importe quelle photographie bien sûr, celle de l'amateur évidemment. La saison estivale débute : les beaux jours s'installent, les vacanciers débarquent et les appareils photos sont de sortie. Tout est bon à capturer. A Versailles, il ne devait certainement pas y avoir un groupe de touristes sans un appareil photo. En voyant tous ces photographes amateurs, cela m'a rappelée la célèbre photographie de Martin Parr qui nous montre un groupe de touristes se faisant immortaliser devant le Parthénon à Athènes. Cette image n'est autre qu'une ironie de la photographie qu'on appelle « touristique ».

L'été est certainement le moment de l'année où l'amateur produit le plus de photos. Depuis la « démocratisation » de la pratique photographique, cela a toujours été. A partir du temps où les appareils photos ont été simplifiés et rendus accessibles aux classes moyennes (c'est-à-dire dans les années 1960 avec l'arrivée du premier Instamatic chez Kodak), la photographie est devenue populaire. Pour mieux comprendre ce phénomène, il nous suffit simplement de rappeler la raison de cet art populaire. Qu'est-ce qui nous pousse davantage au déclenchement de l'appareil photo pendant ces moments de distraction qu'en temps courant ?


Lors de nos loisirs ou de nos vacances, nous sortons du cadre quotidien, nous quittons nos occupations habituelles. Comme l'explique Rachid Amirou dans son livre Imaginaire touristique et sociabilité du voyage : « L'espace des vacances est une scène bien séparée du monde ordinaire, un simulacre d'île. C'est un univers théâtral. »1 Ces moments de détente sont consacrés à de la détente, à des activités sportives, à des divertissements, ou encore à des visites touristiques. La plupart du temps, nous aimons capturer ces instants par le moyen photographique. La photo touristique est souvent construite à partir d'un monument, d'un site célèbre ou d'un paysage digne d'une carte postale. Avec ces tableaux comme guise de scène, nous pouvons ainsi confirmer l'affirmation de Rachid Amirou qui parle de « théâtre » pour désigner l'espace des vacances.

Il nous arrive fréquemment de poser devant ces cadres. De cette manière, nous n'éternisons pas seulement le monument, mais plutôt nous-mêmes devant les édifices. Le monument c'est en fait le loisir-même et c'est ce que le photographe amateur va solenniser. Les images qui en résultent célèbrent ces temps forts que sont les loisirs et les vacances. De plus, la photographie nous permet, à nous touristes, de réaliser nos propres « cartes postales ». Ce sont nos images de paysages. C'est nous qui les avons prises.


Enfin, nous pouvons affirmer que la photographie s'impose aux touristes. Elle permet l'appropriation des lieux et elle sert de « support d'une remémoration individuelle ou collective »2, pour emprunter l'expression à Catherine Bertho Lavenir, auteur de l'ouvrage La Roue et le stylo. Cette dernière explique par ailleurs :


« L'usage social de la photographie ne se borne pas au moment du voyage. Les clichés permettent de s'en remémorer les moments intenses, entre participants, et de le re-présenter à ceux qui ne l'ont pas fait. De la même façon que la mémoire choisit les souvenirs, un tri s'opère dans les photographies. Épuré, simplifié, débarrassé de ses scories, le voyage photographique devient le voyage idéal. »3


La photographie est donc là pour rendre compte de ces moments idéaux, elle se doit de les représenter ainsi.

1Rachid Amirou, Imaginaire touristique et sociabilité du voyage, éd. PUF, collection « Le Sociologue », Paris, 1995, p. 117.

2Catherine Bertho Lavenir, La Roue et le stylo, éd. Odile Jacob, collection « Le Champ médiologique », Paris, 1999, p. 263.

3Ibid., p. 268 – p. 269.